Je souhaiterais vous inviter à lire l’éditorial du SciDev: « Après Kyoto, Bali : Deuxième chance pour le climat » de D. Dickson, publié et Courrier International le 29 novembre 2007. Il s’agit d’un nouveau cri d’alarme sur l’état de la planète, son réchauffement, et notre consommation excessive et insoutenable d’énergie. Un cri d’alarme de plus me direz-vous, et vous avez raison. Mais tant que l’on ne sera pas sur les bons rails, il faudra continuer à prêcher et à chercher des alternatives.

Voici quelques extraits commentés :

« Si nous ne modifions pas notre mode de vie ultraconsommateur d’énergie, notre avenir est bien compromis. » (…) « Si les leçons des années 1970 avaient été correctement retenues, nous serions aujourd’hui bien mieux armés pour affronter cette menace. » L’auteur se réfère à la montée du prix de l’énergie dans les années 70 (pour des raisons principalement politiques) qui provoqua une réaction des pouvoirs publics puis fût étouffée peu de temps après par le déclin des prix dans les années 80. Cette perspective historique est particulièrement intéressante, notamment pour ceux nés après le choc pétrolier de 1973. Elle nous enseigne que si les signaux et incitations du marché, en l’occurence le niveau des prix, ne sont pas relayés par des engagements politiques et des politiques publiques durables, les conséquences de l’inaction sur le moyen terme peuvent être dramatiques sur le long terme. Plus la boule pivote, plus elle grossit:  c’est l’”effet boule de neige”.  

Selon le “The World Energy Outlook 2007” de l’AIE, « si les pays continuent à s’en tenir aux politiques existantes et s’ils suivent ce que les experts appellent le “scénario de référence”, les besoins internationaux en énergie en 2030 seront de 50 % supérieurs à ce qu’ils sont aujourd’hui (les émissions de CO2 seront supérieures de 57 %). » 2030, c’est dans 20 ans seulement… c’est-à-dire demain.  Par contre, le rapport, comme l’auteur, prône le développement de l’énergie nucléaire pour réduire les émissions de CO2. Personnellement, je suis sceptique sur le nucléaire parce que cela me semble être une forme de guérison du mal par le mal. Cependant, ce pourrait être une solution de moyen terme, s’il existait un plan de long terme pour substituer d’autres sources d’énergie au nucléaire. Ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant, le nucléaire me paraît comporter vraiment trop de risques pour être une alternative soutenable… à moins que l’idée soit de faire de la terre une bombe atomique pour provoquer un nouveau « big bang », d’origine humaine cette fois-ci.  

« Par le passé, des pays comme les Etats-Unis ont amplement démontré leur capacité à lancer des programmes de recherche et développement accéléré – par exemple, pour mettre au point la bombe atomique ou pour envoyer l’homme sur la Lune. Or le réchauffement de la planète est un ennemi bien plus dangereux que l’étaient le Japon et l’Union soviétique, qui, à l’époque, ont poussé les Etats-Unis à l’action. » Pour être bref, le message peut se résumer ainsi: l’histoire prouve que, lorsqu’il y existe une volonté forte (notamment politique) de réaliser l’irréalisable, rien n’est complètement impossible. Serait-ce alors que le réchauffement climatique apparaît comme moins menaçant que l’URSS ou le Japon ou moins stimulant qu’un voyage sur la lune? Une guerre, ca fait peur, la terre en colère beaucoup moins. Cela peut se comprendre après tant d’années passée à construire un imaginaire dans lequel l’homme domine la nature. Autre explication: les responsables de nos pays ne comprennent pas l’ampleur de la menace, malgré les nombreux rapports sur les conséquences du réchauffement… y compris le rapport Stern qui a tenté de traduire cette menace en $$$, c’est-à-dire en termes de coûts, de pourcentage de PIB absorbé, etc. Dickson considère lui que l’influence politique de ceux qui ont à perdre d’une réduction de la consommation d’énergie polluante, à savoir les industries automobile et pétrolière, est encore trop forte pour pouvoir impulser un changement de cap. C’est vrai, mais seulement en partie. 

« Ironie du sort, même si la Chine est désignée comme un acteur majeur de la crise qui s’annonce, c’est également le pays qui pourra nous aider à en sortir. » En effet, les plus gros pollueurs sont évidemment ceux dont on doit attendre le plus d’efforts. Par conséquent, on peut ajouter à la Chine la liste de tous les grands pays « développés » dans la mesure où leurs émissions de CO2 (et autres polluants) représentent la majeure partie des émissions globales. Mais aussi et surtout, la plupart des grands pollueurs sont aussi ceux qui disposent de la plus grande capacité à assumer les coûts de cette nécessaire adaptation, que l’on parle de la capacité à faire les investissements technologiques requis ou à assumer les coûts d’une réduction de la consommation d’énergie. Tous les pays doivent se sentir complètement concernés, mais par souci d’équité, les plus aptes à assumer ces coûts, qui sont aussi ceux qui ont le plus exploités les ressources naturelles par le passé pour garantir leur propre développement, devront le faire en proportion de leurs capacités respectives.

C’est bien là que se trouve la difficulté et le grand défis des prochaines années: qui assume les coûts de l’adaptation de nos économies? Et dans quelles proportions? La bataille risque d’être encore longue, et d’augmenter ces coûts à la mesure du temps perdu…