S’il est à mettre au crédit de la Chine que la pauvreté monétaire diminue de manière continue, les riches chinois profitent les premiers des nouvelles opportunités économiques… et comment ! Leur richesse s’accroît à des taux spectaculaires, voire indécents. Vous me direz, mais qu’il y a-t-il d’indécent à être riche, surtout quand on le mérite ? Je vous répondrai qu’il est important de mettre cette richesse en perspective avec la contribution de chacun au bien-être social et non seulement avec sa contribution à une entreprise privée (dans le sens originel du terme). Mais faisons tout d’abord un petit détour par les faits…
Le magazine Forbes nous informe allégrement que l’homme chinois le plus riche de l’année est… une femme… de 26 ans, Mme (ou Mlle pour l’heureux élu) Yang Huiyan ! Quelle réussite spectaculaire ! Elle possède pas moins de 16.2 milliards de dollars (Papa aidant un peu mais peu importe), c’est-à-dire 7 fois plus que le chinois le plus riche de l’an dernier (rigolo va !). Mais ce n’est pas tout. On apprend également que les 40 hommes et femmes chinois (équité de rémunération oblige) les plus riches de cette année 2007 son tous milliardaires (si vous en connaissez un n’oubliez pas de lui donner une petite pièce). Tout ce magot représente la modique somme de 120 milliards de dollars, soit seulement un cinquième de ce que possèdent les 40 américains les plus riches (effectivement, en Chine, le respect des anciens reste une des valeurs primordiales). Tout va bien pour ces dames et messieurs. Où est donc le problème ? Vous l’aurez sans doute compris en comparant votre tirelire à côté de celles précédemment citées… mais cherchons à aller un peu plus loin.
Tout d’abord, la Chine, à cause d’une croissance spectaculaire, est certainement l’exemple le plus flagrant de l’accroissement des inégalités qui se produit à l’intérieur de nombreux pays. La première source d’ennui, généralement acceptée par tous les analystes sérieux, est que ce creusement des inégalités risque de provoquer d’importantes frustrations et tensions sociales, même si la pauvreté diminue en même temps. Le deuxième problème réside, selon moi, dans le poids non pas physique mais politique, de ces individus « éléphantisés ». En effet, étant donné leur importance, une politique qui leur est défavorable peut vite passer à la trappe. Même si ces individus n’avaient aucune connexion politique, quel gouvernement oserait s’opposer à quelqu’un qui représente une part substantielle de l’économie et des milliers d’emplois ? Rassurez-vous, ce n’est pas seulement le cas en Chine. Donc, à partir du moment où la voix d’un individu pèse plus que celle d’un autre, nous pouvons sans doute oser parler de déséquilibre démocratique (en espérant que personne n’écoute sous peine de passer pour un communiste). L’origine étant le système économique lui-même. Il se peut également que ce déséquilibre démocratique ne se limite pas aux frontières d’un pays… Rappelons que le PIB du Portugal était de 180 milliards en 2005, de 5 milliards au Mali et de 3 milliards au Niger. Cette charmante demoiselle Yang pèse donc plus que le PIB de ces deux derniers pays et que les 40 chinois les plus riches représentent l’équivalent des deux tiers du PIB du Portugal. Intéressant, n’est-ce pas ?
Nous sommes là au cœur d’une des incohérences du système actuel que je souhaite analyser et dénoncer dans ce blog, et ce au-delà du légendaire désamour des français pour les riches (merci d’éviter ce genre de jugement en forme de raccourci trop commode). Tout ‘abord il faut bien se rendre compte que cette accumulation dont nous parlons peut n’avoir rien d’illégitime. En effet, aucun rouage du système n’empêche ces individus d’accumuler de telles richesses. Notre organisation de la société et notre système de production permettent, si ce n’est encouragent, de tels excès. Bien sûr la Chine, comme d’autres pays, utilise des mécanismes (les taxes par exemple) pour d’une part rendre le capitalisme plus responsable en limitant ces dérives et d’autre part redistribuer ces gains à l’ensemble de la société. Mais la croissante mobilité des capitaux a compliqué l’histoire, à un tel point que nos dirigeants politiques nous avouent successivement leur impuissance. Désormais, plus besoin de fraude au fisc pour ne pas payer ces impôts, c’est-à-dire pour ne pas se soumettre à la volonté générale. Il suffit de profiter des « opportunités » offertes par le marché (ou d’aller vivre en Suisse pour les moins malins)!
Pourquoi voudrais-je empêcher ceux qui le méritent de bénéficier du fruit de leur travail ? « Mérite » est sans nul doute le mot qui, ici, bourdonne dans mon oreille. Bien qu’il est important que chacun soit récompensé à la hauteur de ses efforts et de ses résultats, aucune société ne devrait accepter que les gains et par conséquent le poids tant économique que politique d’ un individu ne soit en démesure par rapport à sa contribution au bien-être collectif. Au contraire, selon moi, l’avenir réside dans un système de taxes et de rémunération des entreprises et des individus qui prenne en compte la contribution de chacun au bien-être collectif. Par exemple, supposant des caractéristiques égales, le salaire d’un cadre d’une entreprise d’extraction pétrolière peut gagner le même salaire, voire bien plus, qu’un cadre d’une entreprise de recyclage des déchets. La grande différence réside dans le fait que l’un a une activité qui a des externalités négatives sur la société, l’autre des externalités positives (c’est-à-dire que son activité lui permet non seulement de nourrir sa famille mais nous bénéficie également à tous en même temps). Il s’agit d’une forme d’inégalité, qui, en tant que tel, doit être corrigée. Le même raisonnement peut s’appliquer à une entreprise ou à un pays.
Ma proposition n’est pas de prendre la variable « externalités » comme unique facteur de définition du salaire, mais de l’intégrer à d’autres comme la pénibilité du travail, le niveau de qualification requis, les résultats obtenus, etc. Il s’agirait d’une variable de plus pour inciter à des comportements individuels socialement productif, et, in fine, à plus de bien être social. A l’avenir, soit notre système capitaliste devient plus responsable et prend en compte les externalités de chacun dans sa rémunération, soit un autre système sera nécessaire pour que la somme des intérêts individuels nous rapproche bien plus de l’optimum social.
18 octobre 2007 at 2:24
[...] Alexis H under Capitalisme , Inégalités En relation avec mon article du 12 octobre “Concilier intérêts individuels et bien-être social!“, je vous renvois à l’information suivante: “Selon le Top 500 du magazine [...]