Dans un entretien à l’Expansion, reproduit par Planète Urgence, Jean-Pierre Dupuis nous invite au catastrophisme éclairé sur l’évolution actuel du monde. Il se réfère notamment au changement climatique, mais également au risque de guerre et au nucléaire. Qu’est-ce que signifie le catastrophisme éclairé? D’après lui, il s’agit d’une “ruse qui consiste à faire comme si nous étions victimes d’un destin tout en gardant à l’esprit que nous sommes la cause unique de notre malheur”. En d’autres termes, il nous invite à un pessimisme dont la finalité est la prise de conscience et la réaction du sujet, ce que l’on pourrait appeler , au risque de simplifier, la prudence. En effet, mieux vaut certainement prévoir le pire pour prendre les mesures de précaution nécessaires. De fait, pourquoi met-on notre ceinture de sécurité en montant dans une voiture… à part pour éviter les prunes?
Prenons l’exemple du changement climatique, le catastrophisme éclairé de Dupuy le mène à considérer, avec une certaine lucidité certainement, que les premiers phénomènes de grande ampleur ne se traduiront pas par la montée des océans, les canicules, la fréquence des événements extrêmes, ou l’assèchement de régions entières mais par les conflits et les guerres provoqués par les migrations massives que l’anticipation de ces événements déclenchera. Une autre source de conflit devrait être la ruée sur les dernières gouttes de ressources fossiles par les grandes puissances consommatrices, si d’autres sources d’énergie ne sont pas développées.
La solution? Annoncer la catastrophe bien sûr …et surtout “ne pas moraliser, mais faire voir que ce (le nôtre) mode de vie est absurde, contre-productif”. Si certes, la destruction de nos conditions d’existence est contre-productif, une certaine dose de moralité devra inévitablement être associée à la démonstration par la rationalité. En d’autres termes, le principal argument moral est celui de l’équité, l’équité vis-à-vis des générations futures à qui nous ne pouvons donner en héritage une terre moins habitable que celle qui nous a été transmise. En bref, la bataille doit être livrée tant sur le plan moral que sur le plan de la rationalité.
Pour placer le concept du catastrophisme éclairé dans des termes concrets, je me poserais tout d’abord les questions suivantes. Qu’est-ce qui a permis les grandes oeuvres créatives et collectives de l’humanité face à un défi quelconque? La prévision d’une catastrophe? De mémoire, je ne vois pas d’exemple… Serait-ce alors la catastrophe elle-même? Un exemple qui vient rapidement à l’esprit est alors la réaction à la menace de catastrophe qui a touché l’Europe au milieu du siècle précédent. Lorsque les alliés ont pris conscience de l’ampleur de la catastrophe en perspective (la domination de l’Europe par Hitler), ils ont réagi ensemble et sont finalement venus à bout du nazisme. Mais en ce qui concerne le changement climatique, l’équation est bien différente dans la mesure où, si l’humanité réagit une fois la catastrophe en gestation, elle ne pourra pas être arrêtée d’un jour à l’autre comme une simple armée hitlérienne… L’objectif devrait donc bien être de faire comme si nous étions Daladier ou Chamberlain au moment de signer les accords de Munich tout en connaissant l’histoire à l’avance. Avec cette vision rétrospective de l’histoire, nous voyons qu’il aurait été plus prudent d’ utiliser la ruse, c’est-à-dire de faire “comme si nous étions victimes d’un destin tout en gardant à l’esprit que nous sommes la cause unique de notre malheur”.
On voit bien ici qu’il ne s’agit pas là d’une simple application du slogan “prévenir plutôt que guérir”, voire même mourir. Nous le faisons pour notre santé, et non pas par hypocondrie ou par névrose. Nous pouvons donc le faire pour notre santé collective, la santé de la planète.

16 novembre 2007 at 1:44
[...] Je terminerai avec deux arguments de moindre valeur à mes yeux. Nous sommes en droit de nous demander jusqu’où les entreprises sont prêtes à aller et à quel rythme ? S’il s’agit de marketing, une autre tendance viendra bientôt remplacer celle de la responsabilité sociale ou bien les changements ne seront pas à la hauteur des défis. Mais l’auteur nous garantit qu’il ne s’agit plus de marketing mais d’un changement structurel, qui est en train de s’imprégner dans la culture d’entreprise. Devrais-je y croire ? Si c’est le cas, j’attends que ca se passe alors… pas besoin d’efforts ? Et ces changements structurels se feront dans les délais requis par nos erreurs du passé récent (usage exubérant des ressources naturelles) ? A vous de voir si vous voulez y croire ou plutôt être un(e) pessimiste éclairé(e)… (à ce sujet, voir l’article “Catastrophisme Eclairé“) [...]