Aujourd’hui les journaux nous informent qu’après l’effondrement d’un pont routier à Minneapolis le 1er août, dont le bilan provisoire est de cinq morts et une centaine de blessés, les médias américains s’interrogent sur la maintenance des infrastructures routières. En général, c’est malheureusement ce qui se passe… il nous faut une bonne secousse avant que l’on ne se bouge. Les inondations de la Nouvelle Orléans en 2005 provoquées par Katrina sont un autre exemple : tout le monde savait que la ville était construite en dessous du niveau de la mer et aucune protection suffisante n’a été mise en place… pour prévenir.  Même chose pour les conflits en Afrique (ou ailleurs), comme le Darfour par exemple, où nous attendons que les morts soient comptés avant de réagir. Nous, et pas seulement les Américains, sommes en général réactifs plutôt que proactifs. Le problème est que les grands défis de demain pour l’humanité, notamment le défi environnemental du changement climatique, nous imposent d’être proactif du fait des effets irréversibles.  Et cela concerne tout le monde…  


Notre réactivité aux événements plutôt que notre proactivité constitue ce qui conforte certains (dont je fais certainement partie) dans le pessimisme quant à notre capacité, en tant qu’êtres humains, à gérer efficacement les phénomènes de grande ampleur et à garantir la reproduction de notre espèce. Un jour, j’ai eu l’opportunité après une conférence de toucher deux mots à Albert Jacquard.  Il parlait du parcours de l’espèce humaine depuis sa formation, des stratégies adoptées, de sa ténacité, de son inventivité pour survivre et se reproduire, et aussi du paradoxe de l’être humain contemporain qui, aujourd’hui, créé les conditions de sa destruction. J’ai clairement eu l’impression d’un sentiment de scepticisme de sa part mais j’ai voulu le confirmer en lui demandant directement. Effectivement, il pense que nous n’arriverons pas à agir à temps, que nous subirons la catastrophe. Que signifie ce message dans la bouche d’un homme de sa maturité, surtout adressé à une personne de la jeune génération ? Dois-je l’interpréter au premier degré ou le prendre comme une invitation, voire un ordre, à être proactif et à passer le virus à mes concitoyens ? Il y a aussi quelques temps, j’ai aussi vu à la télé le Professeur Claude Lévi-Strauss, l’anthropologue et intellectuel, qui faisait part de ses inquiétudes sur le monde. C’est également un homme d’un âge bien avancé puisqu’il est né en 1908.  Il disait ceci à quelque chose près: je vais laisser le monde dans un pire état que je ne l’ai trouvé. Dans un prochain article nous analyserons une interview de Jean-Pierre Dupuis, un philosophe au pessimisme combatif et éclairé, qui nous permettra certainement de mieux comprendre le contenu des messages d’Albert Jacquard et de Claude Lévi-Strauss.  

En attendant, espérons que nous serons capables d’éviter les catastrophes de grande ampleur. Espérons surtout que les prochaines fois nous agirons bien avant que d’autres édifices ne s’écroulent, d’autres surfaces ne s’inondent, que d’autres peuples ne se déchirent ou ne meurent de faim.